Gabon : La banalisation des fugues des jeunes filles

En cas de fugue ou disparition, les parents postent généralement des avis de recherche sur Facebook avant d’entamer d’éventuelles procédures légales. Ce dimanche, j’aimerai attirer notre attention sur un fait que j’ai longtemps constaté en lisant les commentaires de ces publications : la minimisation ou banalisation des fugues des jeunes filles.

Lorsqu’une fille est recherchée par ses parents, l’opinion publique de la toile va banaliser le problème et le prendre au second degré. Juste parce que c’est une jeune fille.

Comment expliquer le fait qu’une disparition ou une fugue puisse être considérée plus ou moins préoccupante selon le sexe de la personne concernée?

Parce qu’elle est forcément chez son gars

C’est le commentaire systématique à chaque publication d’un avis de recherche. Les filles fuguent pour rejoindre leurs copains, les garçons fuguent parce qu’ils ont un “vrai” problème existentiel. Un garçon pourrait se faire kidnapper, être déprimé, ou être victime de crime rituel, être sous l’influence de mauvais amis…tellement de possibilités. 

« Moi je ne partage plus les avis de recherche des filles de plus de 12 ans « 

Lu sur facebook
un exemple de commentaires sous un avis de recherche

Mais pour la jeune fille c’est sans appel. Surtout si elle est pubère et qu’elle pourrait éventuellement  “connaître les hommes”. C’est ce genre de commentaire que vous trouverez majoritairement sur des publications de jeunes filles disparues. Des propos venant d’adultes responsables et parfois de parents. Des gens qui, lâchement derrière un clavier, disent implicitement à d’autres parents que leur fille est frivole.

L’éducation deux poids, deux mesures sans communication

Intéressons-nous à la vie de la jeune fille et du jeune homme gabonais. On exige généralement à la jeune fille d’avoir un quotidien rythmé par l’école et la maison. D’un autre côté, le jeune homme gabonais est plus libre. Ils sont généralement plus autonomes, découvrent la vie à leur propre rythme, vivent leurs amourettes, créent leurs amitiés en toute sérénité. 

Ces enfants sont pourtant tous fans de stars ou de séries américaines de Disney ou MTV, et ce avec les encouragements des parents. Sauf qu’à la fin de la journée, la fille a interdiction de sortir, de voir ses amies, d’avoir toute forme de relation sentimentale, d’avoir des activités extra-scolaires…en gros, tout le contraire même du plus mauvais épisode de Gossip Girl.

Parallèlement, un garçon du même âge vadrouille dans le quartier avec des potes, drague à l’école, ramène sa copine (qui a le même âge que sa sœur) à la maison sous les applaudissements de la famille.

Et tout ce non-sens est agrémenté par le manque de communication propre à la plupart des parents africains qui préfèrent “exiger” plutôt que “discuter”. Quand on décide d’éduquer sur la base d’une culture qui n’est pas la nôtre, on ne doit pas s’étonner des conséquences qui en découlent.

Recherchée mais toujours jugée

Vous vous rappelez de Diary Sow ? Vous savez, la brillante écrivaine et étudiante, meilleure élève du Sénégal qui avait disparu en mettant tout son pays, voire tout son continent en émoi. La jeune femme avait finalement réapparu via un courrier adressé à son oncle, dans lequel elle s’excusait et expliquait avoir besoin de cette retraite.   

This handout photograph taken in Dakar on August 7, 2020 and obtained by AFP from the Senegalese Presidency on January 12, 2021

Et bien j’ai été choquée de voir que même cette fille qui représente en quelque sorte la future élite africaine a été réduite à des “ah elle est chez son gars” comme explication à sa disparition.

Quand bien même cela aurait été vrai.  Une fille au parcours sans faute, sans erreur, pieuse, étudiante en chimie, écrivaine, est jugée par des internautes qui ne pourront peut-être jamais se targuer d’être aussi intelligente qu’elle. Ceci sans tenir compte de l’équilibre de sa santé mentale. 

Le pire c’est de se dire qu’un homme dans la même position aurait certainement suscité plus d’empathie. Dans quel monde vivons-nous?!

Quand on décide d’éduquer sur la base d’une culture qui n’est pas la nôtre, on ne doit pas s’étonner des conséquences qui en découlent.

Pour finir, 

Une fugue est comparable à un cri. Un cri de joie, de soulagement, un cri de douleur, un cri d’alerte, ou de souffrance…peu importe…mais il doit être entendu. Un enfant qui fugue a besoin d’être secouru. Que ce soit un garçon ou une fille. N’attendez pas le pire pour manifester de l’empathie.

A une époque, l’enfant du voisin était considéré l’enfant de tout le quartier, un peu comme un enfant de tout le village. La détresse d’un parent ne devrait soulever que l’émoi général de toute la communauté manifesté par un soutien collectif, et rien d’autres.

Auteur : Malvyna

Petite dame gabonaise de 1m59, Consultante en Communication d'entreprise. Beauty addict, amoureuse de cheveu crépu, féministe sur les bords, fan de Rnb des 90's et 00's Pleine d'amour et d'eau fraîche.

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