Coup de gueule : l’Afro est interdit dans des lycées gabonais

J’avais prévu de publier ce dimanche un article sur un sujet lifestyle plutôt léger. Mes plans ont changé et je vais vous expliquer pourquoi. 

Je déjeunais gaiement en famille quand ma sœur aînée s’est plainte du fait qu’elle devait tresser sa fille de 10 ans, si elle voulait que l’accès au lycée ne lui soit pas interdit.  J’étais perplexe parce que ma nièce en question a les cheveux courts. Ma nièce m’a alors expliqué que le surveillant lui a dit qu’elle devait couper les cheveux très courts (donc à raz), ou se faire tresser obligatoirement. La peine d’une quelconque désobéissance serait l’exclusion.

Les cheveux de ma nièce ne font même pas 5 cm. Elle a un mini afro, qu’elle ne veut pas couper. Elle attend patiemment que ses cheveux repoussent pour pouvoir les tresser.

Le mini-afro de ma nièce

Ma nièce de 19 ans, ancienne du même lycée, m’explique alors qu’on avait convoqué ses parents l’an dernier pour avoir porté son afro libre et que c’était interdit dans la plupart des lycées de Libreville. Choquée par ce que j’entendais, j’ai demandé à voir ledit règlement. Et là j’ai compris que l’article parlait de longs cheveux et que ma petite nièce n’était pas concernée (vu qu’elle a les cheveux courts). Ce surveillant faisait sûrement dans l’excès de zèle, comme tout agent avec un peu de pouvoir dans ce pays.

Mais, j’ai également réalisé que l’afro était vraiment interdit dans ce lycée.

Le fameux règlement intérieur

Cheveux longs non attachés c’est quoi?

Le terme cheveux non-attachés fait référence simplement à tous types de cheveux “au vent”. Or, pour une fille aux cheveux crépus, “les cheveux au vent” c’est tout simplement un afro. En quoi un afro libre troublerait la scolarité d’une jeune lycéenne?

A une ère où la jeunesse africaine se réconcilie avec leurs cheveux grâce au mouvement nappy et à l’influence des blogueuses beauté afro, comment peut-on dire implicitement aux filles que porter une coiffure afro n’est pas assez décent? Quelle serait l’explication logique à cette interdiction? 

Entre 2001 et 2008, j’étais scolarisée à l’Institution Immaculée Conception, à aucun moment il nous a été interdit d’aller à l’école avec nos afros. Seule l’utilisation des mèches et des tissages était proscrite.

Vous me direz sans doute que les cheveux lisses sont aussi concernés par cette mesure. Et je vous dirai que cela n’a pas d’importance parce que toutes les coiffures aux cheveux libres sont décentes et peuvent être portées pour aller à l’école. MAIS SURTOUT QUE LES CHEVEUX AFRO NATURELS DOIVENT IMPÉRATIVEMENT ÊTRE VALORISÉS SOUS TOUTES LEURS FORMES AUPRES DES JEUNES.

 Une problématique pourtant évoquée sous d’autres cieux

Comment comprendre que dans un lycée en Afrique subsaharienne, l’on considère une coiffure afro comme inappropriée pour l’école? Alors que dans divers lycées dans le monde entier, ces pratiques ont été dénoncées et sont révolues. 

On se souvient encore de cette image d’un lycée en France qui avait fait le buzz sur Twitter en 2019. Un lycée guadeloupéen qui interdisait plusieurs coiffures afro qui a subi la pression des internautes.

La note d’information qui a créé la polémique dans un lycée en France

En Afrique du Sud, Les autorités locales sud-africaines avaient sommé un prestigieux lycée de Pretoria de suspendre son règlement intérieur en matière de coupes de cheveux, après que des élèves noires ont affirmé avoir été traitées de « singes » à cause de leurs cheveux portés au naturel. En 2018, une étudiante congolaise a lancé une polémique en se plaignant d’avoir été empêchée de rentrer sur un campus de Kinshasa en raison de sa coiffure naturelle, un afro puff jugée pas assez coiffée. 

l’étudiante congolaise interdite d’accès à l’école

Avec toutes ces polémiques, les lycées du Gabon auront quelles excuses pour justifier cette censure?! Les cheveux au vent, afro ou lisse, n’ont aucun impact sur la scolarité des jeunes. 

Si on parle de forme de racisme dans les pays occidentaux, ici ces interdictions sont plutôt sexistes et montrent les stigmates d’un héritage colonial encore présent. Ces dirigeants de lycée veulent nous faire croire que les cheveux au vent “distrairaient” les élèves ou seraient un atout de séduction auprès des garçons. Quelle bêtise !

Alors que des dames comme l’actrice oscarisée Viola Davis ou l’ancienne porte-parole du gouvernement français Sybeth Ndiaye, pour ne citer que celles-là, arborent leur afro librement, des enseignants perdus de Libreville s’attèlent à faire croire à notre jeunesse que l’afro n’est pas une coiffure décente pour étudier. L’ironie de ça !

Auteur : Malvyna

Petite dame gabonaise de 1m59, Consultante en Communication d'entreprise. Beauty addict, amoureuse de cheveu crépu, féministe sur les bords, fan de Rnb des 90's et 00's Pleine d'amour et d'eau fraîche.

Un commentaire

  1. Bien dit ! De plus en plus en parler pour que cette histoire cesse. Nous s cheveux naturels c’est notre personnalité et l’on veut nous l’arracher pour des raisons banales. D’autant plus que c’est chez nous qu’on veut le faire. L’ironie de ça!

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